ChatGPT, éthique, qualité et responsabilité
Notre éthique personnelle est parfois interpellée par les outils à notre disposition et notre volonté d’efficacité. Dans notre vie professionnelle, nous suivons des pratiques, des méthodes et des procédures qui nous aident à être plus efficaces et performants. Prenons le cas de ChatGPT, qui semble avoir réponse à tout. Demandons-lui de nous parler de l’éthique à travers 3 cas concrets en maison de retraite…
Article issu du premier numéro de la revue L'éthique avec vous et pour vous.
« Salut ChatGPT, peux-tu rédiger un article de 3000 caractères en 3 paragraphes argumentant l'importance de l'éthique dans le traitement des évènements indésirables graves en maison de retraite. Cet article devra illustrer 3 cas pratiques, lors de chutes de résidents, lors d'une hospitalisation et lors d'un suicide. »
Voici ce que me répond l'IA, en moins d'une demi-seconde...
- L’éthique occupe une place cruciale dans le traitement des événements indésirables graves au sein des maisons de retraite, car elle constitue le socle moral sur lequel repose la qualité des soins prodigués aux résidents. Ces établissements sont responsables du bien-être et de la sécurité des personnes âgées, et chaque situation délicate exige une approche éthique pour garantir une prise en charge respectueuse et responsable. À travers deux cas pratiques illustratifs, nous explorerons l’importance de l’éthique dans les situations de chutes de résidents et d’hospitalisations en maison de retraite.
- Lorsqu’un résident chute en maison de retraite, l’éthique exige une réponse complète et respectueuse. Il est impératif de mettre en œuvre des mesures préventives rigoureuses pour minimiser les risques de chutes, telles que l’ajustement de l’environnement de vie et la surveillance attentive. En cas de chute, l’éthique guide la communication transparente avec la famille du résident et le résident lui-même. Les professionnels doivent garantir des soins post-chute adaptés, tout en préservant la dignité du résident. Cela inclut une révision attentive du plan de soins, des ajustements dans l’assistance quotidienne et une communication ouverte sur les changements potentiels dans la santé ou la mobilité du résident.
- L’éthique joue un rôle fondamental lorsqu’une hospitalisation devient nécessaire. La communication transparente avec la famille et le résident est impérative, permettant à toutes les parties de comprendre la nécessité de l’hospitalisation et les implications associées. Pendant le séjour à l’hôpital, l’éthique guide la coordination efficace entre le personnel médical et la maison de retraite pour assurer une continuité des soins et un retour en douceur. Les décisions doivent être prises en tenant compte des souhaits du résident et de son état de santé global. L’éthique exige également un suivi attentif après le retour à la maison de retraite, avec des ajustements appropriés dans le plan de soins pour favoriser la récupération et le bien-être.
- L’éthique dans le traitement des événements indésirables graves en maison de retraite est essentielle pour assurer la sécurité, la dignité et le bien-être des résidents. À travers les cas pratiques de chutes et d’hospitalisations, nous constatons que l’éthique va au-delà des protocoles et réglementations ; elle implique une réflexion profonde sur la responsabilité morale envers les personnes âgées. Les professionnels des maisons de retraite ont la responsabilité de créer un environnement où la vieillesse est vécue avec dignité, respect et compassion, même face aux défis les plus difficiles.
L’efficacité doit-elle guider notre quotidien ?
Les quatre paragraphes précédents, aux propos desquels je souscris complètement, explicitent les liens entre l’éthique et les processus de gestion des événements indésirables en maison de retraite : ils n’ont pourtant pas été écrits directement par un expert de la qualité, ni par la Haute autorité de santé (HAS), ni par moi mais par ChatGPT, en moins d’une demi-seconde… Certes, nous pouvons améliorer ce texte : le niveau de réflexion requis dans une revue comme L’éthique avec vous et pour vous est d’une tout autre exigence. Cependant, il est certain que désormais ce type de robot va révolutionner notre quotidien en nous dégageant des tâches de rédaction et de synthèse chronophages souvent sans valeur ajoutée.
Nous commettrions une erreur si nous perdions encore du temps à réaliser ces documents alors qu’un outil le fait plus rapidement, plus rigoureusement et avec peu d’erreurs. Cela ne nous exonère pas d’une exigence de prudence au regard du risque d’y perdre une capacité de vigilance humaine, voire de compétence.

Les outils qualité sont le socle de notre efficacité
Les outils qualité ont la même vocation qu’un dispositif numérique nous permettant de recourir à une expertise. Les protocoles et leurs évaluations doivent nous permettre de maîtriser nos pratiques, détectant et corrigeant des variations attribuables à des erreurs systémiques ou humaines, et donc évitables. La mise en place de ces processus est indispensable car il est de notre responsabilité de suivre les bonnes pratiques attendues, celles qui nous permettent de garantir notre maîtrise opérationnelle. Ces démarches ne sont plus discutables : en effet, elles sont validées et instituées dans toutes les réglementations des pays où nous opérons.
Néanmoins l’application de ces procédures n’est parfois pas évidente dans le cadre des missions personnalisées de soin et d’accompagnement confiées aux équipes d’emeis. En effet, contrairement à la production d’objets manufacturés, définis par un cahier des charges et strictement mesurables, notre activité nous engage au-delà de la simple conformité. Si ne pas utiliser les outils qualité serait une faute, ne suivre que les outils qualité le serait tout autant. Considérer que seuls notre savoir-faire et notre empathie nous permettent de bien accompagner nos résidents, nos patients, nos bénéficiaires et leurs familles conduit à des approximations puis à des erreurs et ainsi au manque de professionnalisme. Les outils qualité sont donc le socle de notre efficacité, une fois affirmé qu’ils doivent être accompagnés par notre discernement.

Utiliser les outils qualité, donner sa place à l’éthique et à l’humain pour que notre accompagnement tienne ses promesses
En soi, l’usage de ChatGPT n’est pas moralement condamnable : il répond à une exigence d’efficacité et de clarté basée sur une impressionnante expertise puisqu’elle mobilise une documentation colossale. Lorsque je recours à cette intelligence artificielle et que j’en tire les bons arguments (voire les meilleurs), je réponds à ma mission. Cela permet aussi de retrouver du temps relationnel et d’accorder plus de sens à l’exercice professionnel. Il pourrait en revanche être considéré que d’une certaine manière, je déroge à l’engagement implicite attendu de ma part en termes d’authenticité, voire de vérité humaine dans mon approche personnelle, en conscience, de mes responsabilités. En effet, je m’adosse à un tiers non pas dans le cadre d’une délibération collégiale mais abstraitement technologique.
L’utilisation des outils qualité doit nous dégager des contraintes d’une prise en soins suivant les règlements et les normes. Le management de la qualité par le suivi des procédures et la preuve de cette réalisation obtenue par les évaluations nous protègent de l’injonction strictement normative et, on peut l’affirmer, nous libère pour être présent à une fonction qui sollicite notre disponibilité humaine. Il nous faut développer des pratiques professionnelles soucieuses de manager par la qualité pour impliquer chacun – y compris les professionnels éloignés des établissements – afin que la vie des résidents, des patients, des bénéficiaires et de leurs familles soit considérée comme un enjeu supérieur partagé dans l’exercice de nos fonctions. Les démarches éthiques nous incitent à développer une réflexion portant sur nos valeurs, nos principes et nos actions au regard de la dignité, de l’autonomie, de la vulnérabilité de la personne qui sollicite nos soins. Cette attention concerne de la même manière les process de gestion des événements indésirables afin que les résidents vivent « la vieillesse […] avec dignité, respect et compassion, même face aux défis les plus difficiles », selon l’analyse proposée par ChatGPT.
Toutefois il nous faut dépasser cette réflexion et incarner sur le terrain cette humanité et notre promesse d’accompagnement des plus fragiles. ChatGPT trouve ses limites là où nos responsabilités humaines et professionnelles doivent être assumées en responsabilité.
